La construction bois a cessé d'être une curiosité. Elle est devenue le choix par défaut d'une partie de la maison individuelle, elle gagne du terrain dans le logement collectif et l'équipement public, et elle sert aujourd'hui autant d'argument commercial que de réponse technique. Mais « construire en bois » ne désigne pas une méthode. C'est une famille de systèmes qui n'ont ni les mêmes portées, ni les mêmes épaisseurs, ni les mêmes points faibles, et qui ne produisent pas du tout la même image.
Cet article décrit ces systèmes, puis les sujets qui décident réellement d'un projet bois : le carbone et la RE2020, le feu, l'acoustique, l'humidité, et le calendrier que la préfabrication impose. La dernière partie est écrite depuis notre côté de la table. Nous fabriquons les images de ces projets, et le bois est l'un des matériaux les plus impitoyables pour un rendu : il se répète mal, il vieillit vite, et il trahit une approximation bien plus tôt que le béton ou le verre.

Les quatre familles de construction bois
Sous le même mot cohabitent des systèmes qui n'ont presque rien en commun sur un chantier. Le choix se fait sur trois critères : la portée à franchir, l'épaisseur disponible dans le mur, et ce que l'on accepte de laisser visible à la fin.
| Système | Principe | Ordres de grandeur | Ce que l'on voit à la fin |
|---|---|---|---|
| Ossature bois | Montants verticaux rapprochés, isolant entre montants, panneaux de contreventement fixés sur une face | Montants de 45 × 145 à 45 × 220 mm, entraxe de 40 ou 60 cm ; mur fini de 20 à 35 cm selon l'isolation | Rien : la structure disparaît sous le doublage et le bardage |
| Poteau-poutre | Une trame de poteaux et de poutres porte seule ; les murs ne portent plus rien | Poteaux et poutres en lamellé-collé, trames courantes de 3 à 6 m, portées de poutre bien au-delà | La trame peut rester lisible ; les ferrures peuvent être apparentes ou dissimulées |
| CLT, ou bois lamellé-croisé | Des plis de planches collés à 90° les uns des autres : le panneau fait mur, plancher et contreventement | 3, 5 ou 7 plis, de quelques centimètres à une trentaine d'épaisseur ; les dimensions du panneau sont bornées par le transport | Une surface pleine, des joints de panneaux réguliers, le sens du pli si la face reste brute |
| Madrier, ou bois massif empilé | Des pièces massives empilées : le mur est à la fois structure, isolation partielle et finition | Épaisseurs de mur de l'ordre de 7 à 15 cm de bois plein | Le bois lui-même, à l'intérieur comme à l'extérieur |
L'ossature bois est le système par défaut de la maison individuelle et d'un grand nombre d'immeubles de trois à huit niveaux. Elle est légère, elle se préfabrique en panneaux entiers, et elle loge l'isolant dans l'épaisseur porteuse, ce qui donne un mur mince pour une performance donnée. Sa limite est la portée : les planchers reposent sur des solives rapprochées, et la moindre grande pièce sans point porteur appelle une poutre en lamellé-collé.
Le poteau-poutre déplace la question. La structure est concentrée dans une trame, les façades ne portent plus, et l'on peut donc ouvrir un mur entier en baie sous réserve de vérifier la stabilité de la structure, son contreventement et la menuiserie. C'est le système des maisons très vitrées et des bâtiments qui doivent rester transformables. En contrepartie, chaque nœud devient un assemblage à dessiner : ferrures, broches, boulons, sabots métalliques. Ces pièces peuvent rester visibles ou être dissimulées ; leur traitement fait partie de la conception architecturale.
Le CLT travaille autrement : ce n'est ni un poteau ni une poutre, c'est une plaque. Les plis croisés lui donnent de la rigidité dans les deux directions, ce qui autorise des planchers qui portent en deux sens, des refends qui contreventent sans triangulation et des trémies percées sans reprise compliquée. Le prix à payer est double : une quantité de bois plus élevée qu'une ossature à performance égale, et une conception à figer très tôt, puisqu'un panneau arrive sur le chantier avec ses réservations déjà usinées.
Le lamellé-collé n'est pas un système mais un matériau : des lamelles collées qui donnent une pièce plus longue, plus régulière et plus fiable que le bois massif, et que l'on peut cintrer. C'est lui qui rend possibles les portées de halle et les charpentes courbes. Ses sections franches peuvent rester apparentes, dans les gymnases et les charpentes d'équipements publics comme dans les halles. Le madrier, à l'opposé, est le plus ancien et le plus simple : un mur de bois plein, sans doublage, avec un comportement qu'aucune finition ne rattrape — il tasse. Un mur en madriers perd plusieurs centimètres de hauteur pendant les premières années, et les percements, les cloisons et les menuiseries doivent être conçus pour l'accepter.
Ce qui rapproche ces systèmes, c'est que tout s'y joue aux liaisons. Une structure bois n'est pas coulée, elle est assemblée : équerres, vis, broches, feuillures, bandes résilientes, membranes d'étanchéité à l'air. La qualité d'un bâtiment bois se lit sur ses jonctions bien plus que sur ses sections.
Le calcul, lui, relève de l'Eurocode 5 et de son annexe nationale. Deux notions y pèsent plus lourd que dans les autres matériaux : la classe de service, qui décrit l'humidité à laquelle la pièce va travailler, et la durée d'application des charges, parce que le bois ne réagit pas de la même façon à une charge permanente et à une charge de neige. Le coefficient qui combine les deux fait varier la résistance retenue dans des proportions que l'on ne rencontre ni en acier ni en béton. Et dans la plupart des projets courants, ce n'est pas la rupture qui dimensionne un plancher : c'est la flèche, et de plus en plus souvent la vibration.
Ce que la RE2020 change pour le boisCe que la RE2020 change pour le bois
La RE2020 s'applique aux bâtiments neufs et elle a ajouté, à côté des indicateurs d'énergie et de confort d'été, deux indicateurs carbone : celui de l'énergie consommée pendant l'exploitation, et celui de la construction elle-même, évalué sur l'ensemble du cycle de vie du bâtiment. C'est le second qui a redistribué les cartes.
Le point décisif est la méthode de calcul. La réglementation ne compte pas les émissions à leur valeur brute : elle applique une analyse du cycle de vie dite dynamique, qui pondère chaque émission selon la date à laquelle elle se produit. Une tonne émise aujourd'hui pèse plus lourd qu'une tonne émise dans quarante ans. Cette pondération valorise mécaniquement les matériaux qui ont capté du carbone pendant leur croissance et ne le relâcheront qu'en fin de vie : c'est exactement la situation du bois, et c'est pour cette raison que le débat sur le stockage temporaire a été aussi vif.
Le second levier est le calendrier. Le seuil de l'indicateur carbone de la construction se resserre par paliers successifs, aux jalons prévus de 2025, 2028 et 2031, et il dépend du type de bâtiment. Chaque palier réduit la part de solutions qui passent sans matériaux biosourcés, sans bétons bas carbone et sans isolants moins émissifs. C'est ce mouvement, bien plus que la mode, qui explique la progression du bois dans les programmes de logement collectif. Nous avons détaillé ailleurs, indicateur par indicateur, ce que la RE2020 change concrètement pour un projet.
Deux précisions honnêtes s'imposent. La première : un bâtiment bois n'est pas vertueux par nature. Le résultat dépend aussi des isolants, du béton d'infrastructure, des menuiseries, des finitions et du transport, et une structure bois mal accompagnée se fait rattraper par un projet béton bien optimisé. La seconde : le carbone stocké n'est pas un crédit acquis une fois pour toutes. Il est compté sur la durée de vie conventionnelle retenue pour le bâtiment, et ce qui se passe ensuite — réemploi, valorisation matière, valorisation énergétique — appartient au calcul.
Pour la maîtrise d'ouvrage, la conséquence pratique est un déplacement du moment de la décision. Le choix du système constructif ne peut plus attendre le permis : il conditionne le résultat réglementaire, donc il se prend au moment où le projet est encore un croquis. C'est aussi le moment où l'on a besoin d'images pour convaincre un partenaire, un jury ou un investisseur, et où ces images doivent encore accepter d'être fausses sur les détails sans l'être sur le principe.
Feu, acoustique, humidité : les trois sujets qui décidentFeu, acoustique, humidité : les trois sujets qui décident
Ces trois sujets ne se voient sur aucune perspective, et ce sont eux qui font vivre ou mourir un projet bois. Ils méritent d'être compris même par ceux qui ne les calculeront jamais, parce qu'ils expliquent la plupart des arbitrages visibles : pourquoi telle poutre est si épaisse, pourquoi tel plafond est fermé, pourquoi ce bardage s'arrête à vingt centimètres du sol.
| Sujet | Ce qui pose problème en bois | La réponse courante |
|---|---|---|
| Tenue au feu | Le matériau est combustible et perd de la section en brûlant | Surdimensionner la pièce pour tenir compte de la carbonisation et de la perte de résistance du bois échauffé, ou l'encapsuler derrière des plaques de plâtre |
| Propagation par la façade | La lame d'air d'un bardage est un chemin vertical continu | Recouper la lame d'air à chaque niveau et poser des dispositifs d'arrêt |
| Bruits aériens entre logements | Une paroi légère isole mal les basses fréquences | Masse rapportée, doublage sur ossature indépendante, désolidarisation des plafonds |
| Bruits d'impact | Un plancher bois transmet remarquablement bien les chocs | Chape flottante sur isolant résilient, et traitement des transmissions latérales |
| Variations dimensionnelles | Le bois échange de l'eau avec l'air et bouge en travers du fil | Bois séché à la mise en œuvre, détails qui autorisent le mouvement, hors d'eau rapide |
| Exposition du bardage | Eau stagnante, remontées, absence de séchage | Lame d'air ventilée derrière les lames, garde au sol, débords et bavettes |
Le feu
Un matériau combustible qui résiste bien à l'incendie : la contradiction n'en est une que pour qui n'a jamais regardé une poutre après un feu. Le bois se consume par la surface, à une vitesse à peu près constante, de l'ordre de quelques dixièmes de millimètre par minute pour les résineux, l'Eurocode 5 donnant les valeurs à retenir selon le produit et l'essence. La couche carbonisée qui se forme isole le cœur de la pièce, qui conserve ses caractéristiques mécaniques. Une section suffisamment généreuse tient donc son rôle porteur pendant une durée que l'on sait calculer, et non estimer.
De là, deux stratégies pour atteindre un R30 ou un R60. La première consiste à prendre en compte au calcul la profondeur carbonisée et la couche de bois échauffé dont la résistance est négligée : la pièce est plus grosse, et elle reste apparente. La seconde consiste à encapsuler la structure derrière des plaques de plâtre : on économise du bois, et on le fait disparaître. Le choix n'est pas seulement technique, il décide si le bâtiment fini ressemble encore à un bâtiment bois — et donc si les images de commercialisation ont le droit de montrer du bois à l'intérieur.
S'y ajoute la façade, qui est le sujet le plus contraignant en logement collectif. Un bardage bois et sa lame d'air participent à la propagation d'un feu d'un niveau à l'autre : les dispositifs de limitation de la propagation, dont le recoupement de la lame d'air, doivent être définis selon la famille du bâtiment et la solution de façade. C'est un détail invisible sur une perspective, et un détail qui décide parfois de la faisabilité d'un projet.
L'acoustique
C'est le sujet qui coûte le plus cher à rattraper une fois le chantier lancé. Une structure légère isole correctement des voix et mal des basses fréquences, et elle transmet très bien les bruits d'impact. Dans les logements neufs concernés, l'isolement entre logements doit atteindre 53 dB vers les pièces principales et 50 dB vers les cuisines ou salles d'eau ; le bruit de choc est limité à 58 dB dans les pièces principales, sauf exceptions réglementaires. Ces valeurs s'obtiennent presque sans y penser en béton ; en bois, elles demandent une conception dédiée dès l'esquisse des planchers.
Les réponses sont connues : une masse rapportée sur le plancher, une chape flottante posée sur un isolant résilient, un plafond suspendu désolidarisé, un doublage sur ossature indépendante côté séparatif. Le vrai sujet n'est pourtant pas le complexe de paroi, c'est la jonction. Dès qu'un panneau touche directement un autre, le bruit contourne l'isolation par le pourtour. Les bandes résilientes aux appuis peuvent réduire les transmissions latérales ; leur effet dépend de l'assemblage et ne se résume pas à une épaisseur d'isolant.
L'humidité
Le bois échange en permanence de l'eau avec l'air qui l'entoure, et il change de dimension en le faisant. Ce mouvement est quasi nul dans le sens du fil et sensible en travers : c'est pour cela qu'une lame de bardage, une solive et un panneau ne se comportent pas de la même façon selon leur orientation. Le bois de structure est mis en œuvre séché, autour de quinze pour cent d'humidité, puis il se stabilise entre huit et douze pour cent environ à l'intérieur d'un bâtiment chauffé. Tout le retrait correspondant se produit après la pose, et il doit être prévu.
Les conséquences tiennent en trois règles de conception, plus efficaces que n'importe quel traitement : garder le bois hors d'eau pendant le chantier, l'écarter du sol et des projections, et le ventiler par l'arrière. Un bardage se pose sur des tasseaux qui ménagent une lame d'air ouverte en bas et en haut ; les débords de toiture, les bavettes et la garde au sol font le reste. Le classement en classes d'emploi ne sert qu'à vérifier ensuite que l'essence choisie supporte l'exposition qu'on lui impose.
La façade : du bois neuf au bois griséLa façade : du bois neuf au bois grisé

Un bardage bois sans finition protectrice peut perdre progressivement la couleur qu'il avait le jour de la livraison. Les ultraviolets dégradent la lignine en surface, la pluie lessive les produits de cette dégradation, et le bois vire au gris argenté. Le phénomène est superficiel : il ne touche pas la résistance de la lame, il ne touche que son aspect. Il est en revanche inégal, et c'est là que les projets se font rattraper.
L'exposition décide de tout. Une façade sud ou ouest, lavée par la pluie et frappée par le soleil, grise vite et de façon homogène. Une façade nord, ou une zone protégée par un large débord, garde plus longtemps sa teinte chaude et se marque de manière irrégulière. Deux ou trois saisons suffisent pour que deux faces d'un même bâtiment ne se ressemblent plus, et le maître d'ouvrage qui découvre l'écart n'avait souvent rien vu venir : aucune image ne le lui avait montré.
Trois attitudes sont possibles, et il faut en choisir une consciemment. Laisser faire, en acceptant la période de transition et en soignant les détails pour qu'elle soit la plus régulière possible. Anticiper, avec un prégrisage ou un saturateur gris qui pose dès le premier jour la teinte que le bois prendra de toute façon. Ou tenir une couleur, avec un saturateur pigmenté, un bois brûlé ou un bois thermotraité : ces finitions évoluent elles aussi avec l’exposition ; conserver une teinte précise peut demander une finition protectrice et son entretien.
L'essence pèse autant que la finition, et sur la durabilité comme sur l'aspect. Le douglas et le mélèze présentent une durabilité naturelle qui autorise un bardage sans traitement dans beaucoup d'expositions ; l'épicéa demande un traitement ou une modification. Le rendu visuel suit la même logique : un mélèze neuf est franchement orangé, un douglas tire vers le rose brun, un bardage brûlé est noir mat et très profond, un thermotraité est brun uniforme et perd une partie de la profondeur du veinage. Ce sont des différences que l'on voit à dix mètres, pas des nuances de nuancier.
Reste la pose, qui change l'échelle perçue du bâtiment. Un bardage horizontal couche le volume et souligne les longueurs ; un bardage vertical l'étire et masque les décalages de niveau ; une claire-voie ajoute une profondeur d'ombre qui varie du matin au soir. Sur un immeuble, ce choix est souvent ce que le passant retiendra, avant même la forme du bâtiment.
Préfabrication en atelier et calendrier de chantierPréfabrication en atelier et calendrier de chantier
L'argument le plus solide de la construction bois n'est pas le carbone, c'est le calendrier. Les murs, les planchers et parfois des modules complets sont fabriqués sous abri, à plat, avec les menuiseries posées et parfois le bardage déjà fixé. Le chantier se réduit alors à un montage. Sur un immeuble de logements, cela transforme des semaines de gros œuvre en quelques jours de levage, avec moins de délais de séchage pour la structure, mais sous réserve des chapes et autres ouvrages humides prévus au projet, et avec moins de tâches suspendues à la météo.
La contrepartie est brutale pour la conduite de projet : il faut figer les études bien plus tôt. Un panneau part en fabrication avec ses réservations, ses passages de gaines et ses platines déjà usinés. Déplacer une trémie après coup exige une vérification structurelle et peut nécessiter une découpe sur site, un renforcement ou le remplacement du panneau. Les projets bois qui dérapent sont presque toujours des projets où les décisions ont été prises trop tard, pas des projets où le matériau a déçu.
Cette industrialisation crée un besoin d'images très particulier, et c'est un besoin que les agences d'architecture n'ont pas. Le fabricant vend un composant qui sera invisible une fois le bâtiment fini : un panneau lamellé-croisé, un mur à ossature, une charpente en lamellé-collé, un système d'assemblage. Il doit montrer un objet technique, ses couches, son usinage et sa mise en œuvre, à des prescripteurs qui ne visiteront jamais l'atelier. C'est le travail que nous menons pour l'industrie et la fabrication : vues éclatées, coupes, séquences de montage et visuels de catalogue produits directement à partir des fichiers de conception.
Il y a là un avantage que peu d'industriels exploitent : le modèle qui sert à fabriquer sert aussi à montrer. Quand un panneau existe déjà en maquette numérique avec ses plis, ses usinages et sa quincaillerie, produire une image exacte ne demande plus de reconstruire quoi que ce soit. C'est un cas où la 3D coûte réellement moins cher que la photo, parce que la photo suppose un prototype, un atelier disponible et un éclairage à monter. Pour une maison modulaire en forêt à bardage bois clair, rien n'existait encore en usine au moment du brief : les arbitrages du produit ont été tranchés à l'image, avant la première série.
Ce que le bois change pour une image 3DCe que le bois change pour une image 3D

Le bois est l'un des matériaux qui pardonnent le moins une image approximative. Le béton, le verre et l'enduit portent peu d'information de surface ; le bois en porte énormément, et le regard la connaît par cœur, parce qu'il en manipule tous les jours. Cinq points concentrent l'essentiel des erreurs.
La première est la répétition. Une texture unique appliquée à toute une façade produit un motif que l'œil détecte sans savoir le nommer : les mêmes nœuds reviennent tous les deux mètres, toutes les lames font la même longueur, les joints d'about tombent au même endroit. Un bardage réel ne fait rien de tout cela. Les lames ont des longueurs différentes, les aboutages sont décalés d'une rangée à l'autre, la teinte varie d'une pièce à l'autre et parfois à l'intérieur d'une même pièce.
La deuxième est le sens du fil. Sur un panneau lamellé-croisé laissé brut, le pli visible a une direction, et cette direction n'est pas décorative : elle découle du calepinage réel des panneaux. Sur un poteau-poutre, le fil suit la pièce, il se retourne aux assemblages et il ne se plie pas au dessin. Une texture posée sans tenir compte de la géométrie produit des angles où le veinage traverse l'arête, ce qui n'arrive jamais dans un bâtiment.
La troisième est le bois de bout. Les faces coupées en travers du fil sont plus sombres, plus rugueuses, et elles boivent la finition. Elles apparaissent partout : au nez des planchers, aux extrémités des lames de bardage, aux appuis des poutres, sur les chants d'un panneau lamellé-croisé où l'on lit les plis un à un. Les traiter comme le reste, c'est produire un objet qui semble moulé plutôt qu'assemblé.
La quatrième est la quincaillerie. Une construction bois est vissée, boulonnée, brochée, sabotée, et ces pièces ont un rythme visible. Des fixations invisibles sont un choix de conception, pas une valeur par défaut ; un bardage cloué en inox ne vieillit pas comme un bardage cloué en acier, qui laisse des coulures sous chaque pointe. Ce genre de détail ne se remarque pas consciemment, mais son absence rend l'image lisse d'une façon qui ne ressemble à rien de construit.
La cinquième est l'âge. Le bois est un matériau courant de façade dont la couleur change de façon spectaculaire en trois ans. Une image doit donc décider d'un âge, et le dire.
| Ce que l'on voit sur l'image | Ce qui l'a produit | Ce que nous faisons à la place |
|---|---|---|
| Une façade au motif régulier, presque tissé | Une texture unique répétée sur toutes les lames | Un calepinage réel, des longueurs variables, des joints d'about décalés |
| Un veinage qui traverse une arête | Un placage de texture indifférent à la géométrie | Une orientation définie pièce par pièce, alignée sur le fil |
| Des lames toutes exactement de la même teinte | Une seule couleur de base pour l'ensemble du bardage | Une variation de teinte par lame, calée sur des photos de l'essence retenue |
| Un bois qui reste jaune quel que soit l'éclairage | Une matière trop saturée et trop lisse | Une réflectance plausible, une rugosité qui suit le fil, un léger éclat sur les arêtes usées |
| Des nez de plancher et des bouts de lames identiques aux faces | Le bois de bout traité comme le reste de la pièce | Une matière distincte pour le bois de bout |
| Une façade neuve présentée comme un état définitif | Un rendu figé à l'année zéro | Deux états assumés : la livraison, puis le bois grisé |
Le bois dans la lumière chaude et dans la lumière froide

Le bois réfléchit beaucoup plus dans les rouges et les jaunes que dans les bleus, et cela a deux conséquences que l'on oublie facilement. Sous un soleil bas et chaud, il sature : la façade devient orange, les ombres deviennent brunes, et la scène bascule vers l'image de brochure. Sous un ciel couvert ou une lumière du nord, la même façade perd sa couleur, tire vers le gris vert et paraît terne. Choisir l'heure d'une image de bâtiment bois, c'est choisir la moitié de ce que le client va juger.
En intérieur, le phénomène est encore plus marqué, parce que le bois renvoie sa propre couleur sur tout ce qui l'entoure. Un plafond en lamellé-collé réchauffe les murs blancs, les textiles et les visages. Un rendu qui coupe ce report pour « garder les blancs propres » produit une pièce que personne ne reconnaîtra en visitant le bâtiment. Nous préférons assumer le report de couleur et corriger la balance des blancs ensuite, plutôt que l'inverse.
Dernier point, moins évident : le bois se photographie mal en éclairage frontal. Sa lisibilité vient du relief du fil, donc d'une lumière rasante. Un bardage éclairé de face devient une surface plate et beige, et il perd tout ce qui le rendait intéressant. Sur un projet bois, l'orientation du soleil dans l'image compte autant que l'angle de la caméra.
Où montrer la structure, où montrer la façade finieOù montrer la structure, où montrer la façade finie
Sur un projet bois, deux images très différentes servent deux publics très différents, et les confondre fait perdre les deux.
L'image de structure — la trame de poteaux, les panneaux avant doublage, les assemblages, le levage à la grue — s'adresse à ceux qui doivent croire que le projet est constructible : un jury de concours, un bureau de contrôle, un investisseur, un partenaire industriel. Elle a le droit d'être sèche, presque technique, et elle gagne souvent à montrer un chantier plutôt qu'un bâtiment fini. Elle répond à la question « comment cela tient ? ». Sur un projet bois, elle a une valeur supplémentaire : elle prouve que le système constructif annoncé a été réellement dessiné, et pas seulement mentionné dans une note d'intention.
L'image de façade s'adresse à celui qui achètera ou occupera. Elle doit montrer un bâtiment habité, dans une lumière plausible, avec une végétation à l'échelle du temps qu'elle représente. Elle répond à la question « à quoi cela ressemblera ? ». Et sur un projet bois, elle doit trancher une question de plus que sur un projet béton : à quel âge montre-t-on la façade ? Une image de livraison et une image à cinq ans ne portent pas la même promesse, et un acquéreur qui découvre un bâtiment grisé après avoir acheté du bois orangé se sent trompé, même si rien n'a été mal fait.
Notre recommandation est simple : produire les deux états, et le dire. Une planche qui montre le bardage neuf puis le bardage grisé désamorce une réclamation avant qu'elle existe, et elle donne au projet une crédibilité que l'image flatteuse seule n'obtient jamais. Le même raisonnement vaut pour tout ce qui vieillit dans une façade : brise-soleil, garde-corps en bois, terrasses, pare-vue.
Il existe enfin un troisième registre, plus rare et très efficace en logement collectif : l'image qui montre le bois là où il restera visible après les contraintes de feu et d'acoustique. Beaucoup de programmes annoncent une construction bois et livrent des logements entièrement doublés, où le matériau n'apparaît que sur la façade et dans les circulations. Le dire tôt, avec une image honnête, vaut mieux que de laisser l'acheteur l'imaginer autrement.
Combien coûtent les visuels d'un projet boisCombien coûtent les visuels d'un projet bois
Nous facturons au temps passé. La modélisation et le rendu d'images fixes sont à partir de 39 € de l'heure, et à partir de 30 € de l'heure dans le cadre d'un abonnement mensuel. L'animation, la publicité FOOH et les visites virtuelles sont à partir de 45 € de l'heure, et à partir de 35 € de l'heure en abonnement.
Sur un projet bois, le temps ne se répartit pas comme sur un projet béton. La géométrie n'est pas plus longue à modéliser ; ce qui coûte, c'est la matière et le calepinage. Un bardage crédible demande de traiter les lames comme des objets, avec leurs longueurs, leurs décalages et leurs variations, et non comme une image collée sur un plan. Ce travail se fait une fois, puis il se réutilise sur toutes les vues du projet : c'est pourquoi le deuxième et le troisième visuel d'un même bâtiment coûtent nettement moins cher que le premier.
Trois facteurs font ensuite varier un budget : le nombre d'états du bois à représenter, le nombre de points de vue, et la qualité des données de départ. Une maquette structurelle propre, un calepinage de façade et la référence exacte de l'essence et de la finition réduisent le travail d'interprétation, donc les allers-retours de validation. À l'inverse, un projet livré avec « bardage bois » pour seule indication se paie en corrections.
Le reste est une question d'organisation. Un promoteur ou un industriel qui produit des images toute l'année a intérêt à conserver la même bibliothèque de matières bois et les mêmes gabarits de caméra d'un projet au suivant. Les images deviennent comparables entre elles, la charte tient sans effort, et chaque nouveau projet démarre sur une base déjà validée plutôt que sur une page blanche.




